Robert_Tessier

Né en 1951, Robert Tessier grandit dans la région de Québec. Élève consciencieux, il est aussi enfant de choeur, puis scout. Il passe son enfance à dessiner et remporte quelques premiers prix en peinture. À l’adolescence, pendant son cours classique, il troque son chevalet pour une guitare. Il commence à donner des spectacles pendant ses études en Lettres au cégep de Sainte- Foy où il s’implique dans des multiples activités non académiques, de la radio étudiante à l’animation politique, à des cours de yoga sous l’égide d’un véritable fakir. Orientalisme et causes sociales font bon ménage dans le creuset de la contre-culture. À l’été 1970, 40 jours en Haïti : un stage de sensibilisation aux problèmes des pays en développement, organisé par l’Association Canadienne des Nations-Unies. Il en parle encore et s’y est découvert une âme des pays chauds. À l’été 1971, il obtient avec des amis une subvention fédérale à la jeunesse pour un projet d’animation socio-culturelle de trois mois dans différents centres de la Gaspésie.

 

Départ pour Montréal où il fête ses vingt ans. Pendant une année, il chante dans le Vieux Montréal, au Saint-Vincent et dans des boîtes de la rue Saint-Denis. Leclerc (Le petit bonheur), Charlebois (Lindberg), Moustaki (Ma liberté) font partie de son répertoire. C’est la vie de bohème pendant qu’il suit d’autres cours de yoga auprès d’un maître d’une lignée issue de l’Himalaya. Son intérêt pour les spiritualités le mène à l’UQAM, seul endroit au Québec où on peut à ce moment suivre un programme sur toutes les religions du monde. Il se lasse de la vie nocturne des boîtes et devient suppléant dans des écoles montréalaises, en enseignement moral surtout. Entre temps, il a rencontré au Saint-Vincent celle qui deviendra sa femme.

 

Ses profs de l’UQAM lui trouvent du talent et en font un assistant de recherche et d’enseignement pendant un été, puis pendant un an. Les contrats s’avèrent précaires : retour à l’enseignement secondaire. En 1975, il entre dans une institution privée qu’un groupe de professeurs a relancée l’année précédente dans l’Est de Montréal et de laquelle il restera toujours employé, plus ou moins selon les années et sa disponibilité, tout s’y impliquant dans les affaires syndicales. Il siège d’ailleurs encore sur le conseil d’administration de de ce collège à titre de représentant du milieu socio-économique.

 

Six ans consacrés uniquement à l’enseignement secondaire, le temps de la petite enfance de sa fille élevée à Saint-Mathias sur les bords du Richelieu. Puis, l’ennui des défis intellectuels le pousse à se rapprocher de la ville, à Longueuil plus précisément, et à retourner à l’université, en Communications cette fois, où il suit avec plaisir les cours des Pierre Bourgeault, Léa Pool et Rock Côté. Optant pour le profil journalistique, il publie ses premiers articles, des dizaines, dans Medium, sciences humaines, d’abord organe de l’Association québécoise des professeurs de morale et de religion, qu’il contribue à rendre autonome pour en faire une revue grand public qui survivra pendant des années.

 

Armé de ses deux baccalauréats, il devient chargé de cours à l’UQAM. Il y sera 18 ans : cours en sciences sociales, en méthodologie, en sociologie de la morale et de la religion, des séminaires de maîtrise aussi. Ces mêmes années en effet, il entreprend d’abord une maîtrise où il désire joindre ses champs de formation. Il se lance dans l’analyse de contenu des médias où il traque un curieux objet : la métaphore religieuse dans les titres de la presse écrite, par exemple quand on a dit, lors de son retour en politique, que Jacques Parizeau était « Le nouveau Messie péquiste ». Il y consacre son mémoire et quelques articles savants bien accueillis. C’est la piqûre pour la recherche avancée : il entreprend un doctorat en Sciences des religions. Il choisit la perspective de la sociologie de l’éthique, l’éthique comportant toujours selon lui une dimension quasi religieuse en ce qu’on y appelle nécessairement de manière ultime à des valeurs sacrées. Ce sera l’objet de son premier livre, Le sacré, publié à la fois à Paris et à Montréal (Cerf/Fides, 1991), où le sacré apparaît comme « un trait essentiel et permanent de l’humanité » (Durkheim). C’était le texte d’un examen de synthèse, qu’il a allongé. Encouragé, il publie chez Bellarmin en 1994 l’ensemble de ses travaux universitaires sous le titre Déplacements du sacré dans la société moderne : culture, politique, économie, écologie. Ses écrits sur le sujet servent régulièrement de référence dans le domaine (voir par exemple, http://agora.qc.ca/dossiers/Sacre).

 

Le titre de son deuxième ouvrage se termine par le mot « écologie », une préoccupation vieille chez lui, depuis ses études collégiales où il était de toutes les contestations du capitalisme. Avec une équipe dont font partie plusieurs professeurs de différentes universités montréalaises, il choisit l’éthique de l’environnement comme axe principal de recherche. Il en résulte sa thèse de doctorat publiée en 1996 aux Presses de l’Université Laval sous le titre L’éthique d’une société face aux pluies acides : le cas du Québec, et quatre ouvrages collectifs qu’il co-dirige en tant que professionnel de recherche pour un groupe de recherche interdisciplinaire de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, notamment Environnement et développement (Fides, 1991) et Instituer le développement durable (Fides, 1994). La recherche sociale en environnement : nouveaux paradigmes (Presses de l’Université de Montréal, 1996) est le fruit d’un stage de recherche post-doctoral. À ces livres s’ajoutent des dizaines d’articles publiés dans des revues savantes et des encyclopédies.

 

Une telle production doit se préparer et a des effets. Robert Tessier organise, seul ou avec d’autres, plusieurs colloques nationaux et est invité à participer à des congrès internationaux en Irlande, en France, en Allemagne, au Portugal… La conférence dont il est le plus fier a été donnée dans un grand amphithéâtre de la Sorbonne en 1995 lors du centenaire de l’Institut international de sociologie. Elle s’intitulait «La société au sens de Durkheim : une force cachée». Dès qu’il en a l’occasion, il voyage aussi pour son plaisir, que ce soit dans le Sud, en Europe ou aux États-Unis.

 

Tout ce temps, il a gardé un pied dans l’enseignement secondaire comme filet de sécurité face aux aléas des subventions de recherche. À cause des coupures budgétaires, les postes universitaires se font rares. Retour à temps plein à l’enseignement secondaire avec les adolescents qu’il aime bien et qui le lui rendent bien. La relation de confiance qu’il développe avec eux en enseignement moral et en formation personnelle et sociale le désigne comme intervenant en information scolaire et en prévention de la toxicomanie, une tâche d’appui individualisé devant les mille et un rêves et problèmes des jeunes. Cependant, il s’ennuie de l’écriture, mais n’a pas envie de se remettre à la rigueur du style savant. Il a le goût de laisser gambader son imagination. Alors pourquoi ne pas devenir romancier? Il suit quelques cours spécialisés, lit sur la question et se met à produire pour le plaisir.

 

Résultat : quatre romans publiés à ce jour et un autre en chemin, les deux premiers aux Éditions Point de fuite ( La chevauchée des hippocampes, 2003 et Les dessous du paradis, 2005) alors dirigées par Mme Andrée Yanacopoulo qui fut la première à lui faire confiance et l’a conseillé pour les deux suivants ( Le matin des magiciennes, 2011 et Le fil de Marie-Anne, entre deux eaux, 2012) publiés aux Éditions de l’étoile de mer. Entre temps, il a pris sa retraite et partage ses journées entre écriture, musique, bénévolat et vélo, somme toute une vie fort agréable pour un jeune retraité.